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La criée de Dunkerque a définitivement fermé ses portes

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Par sa radicale efficacité à capturer les poissons, la pêche électrique a eu des répercussions dramatiques sur la vitalité économique et sociale de nos littoraux. Triste preuve par l’exemple : les petits fileyeurs de Dunkerque ont résisté tant qu’ils pouvaient à la pêche industrielle néerlandaise, sans obtenir d’aide ni financière ni morale de la part de ceux qui étaient censés les représenter. Las de se battre pour un futur inexistant et sans aides d’urgence, la criée de Dunkerque a définitivement fermé ses portes. La coopérative a également été placée en redressement judiciaire et sa fermeture devrait avoir lieu d’ici le mois prochain. BLOOM apporte son soutien moral aux pêcheurs touchés par cette difficile épreuve.

Quelles conséquences pour les pêcheurs ?

Les pêcheurs sociétaires ont pris la décision de fermer la criée de Dunkerque ce jeudi 22 octobre 2020. Les six personnes qu’elle faisait vivre vont être licenciées et les services qu’elle offrait aux pêcheurs pourraient disparaître. C’est déjà le cas de la pompe à gasoil. Les pêcheurs craignent aussi de ne plus avoir accès aux réfrigérateurs ni à la glace. Ils attendent une réorganisation pour maintenir ces services indispensables à leur métier. Quant à la vente de leur travail, si les pêcheurs souhaitent vendre en criée, ils devront se rendre à Boulogne-sur-Mer ou à Nieuwpoort en Belgique. Les pêcheurs pourront toujours vendre en direct sur le port de Dunkerque dans les aubettes.[1] Ce sont d’ailleurs d’ailleurs qui assurent de plus en plus la survie des pêcheurs car elles leur permettent de vendre le poisson à un prix plus élevé qu’à la criée. La fermeture prochaine de la coopérative va également entraîner la perte des parts sociétales détenues par les pêcheurs, représentant jusqu’à 60 000 euros pour certains d’entre eux.

Des captures réduites à peau de chagrin

Dix ans de pêche électrique, dont la plupart des navires la pratiquent illégalement, ont eu des conséquences irréversibles. Les captures de sole, principale espèce ciblée par les fileyeurs, sont en chute libre depuis 2016. Ce constat est également valable pour l’industrie néerlandaise, malgré les gesticulations du lobby néerlandais clamant une durabilité hors norme de leur méthode de pêche. En effet, malgré tous les artifices technologiques qualifiés d’innovations, les chalutiers industriels peinent à trouver du poisson : à la date du 23 octobre 2020, seulement 33% du quota annuel de sole ont été pêchés aux Pays-Bas contre 60% l’année dernière. Avec sa vision de profits à court terme, cette industrie met aussi en péril sa propre pérennité.

Les craintes d’une faillite collective

Les pêcheurs artisans se sont battus pour conserver leurs infrastructures. Face à leur situation économique difficile, les fileyeurs dunkerquois partaient pêcher à Dieppe plusieurs mois par an. Mais abandonnés par les politiques, et ce, malgré leurs nombreuses alertes,[2] ils n’ont pas réussi à sauver leur criée. Une faillite collective est à craindre tant leur santé financière est dégradée. Cinq d’entre eux avaient demandé un plan de sortie de flotte pour stopper leur activité,[3] c’est-à-dire des subventions pour casser leur navire, faute de pouvoir le vendre. Ironie du constat : l’industrie de la pêche électrique a quant à elle bénéficié d’au moins 21 millions d’euros d’argent public pour son essor. Nos impôts pourraient désormais servir à détruire des navires dont les pratiques de pêche sont peu impactantes. Afin de pouvoir passer l’hiver, les pêcheurs ont demandé à la Ministre de la Mer, Annick Girardin, une exonération des charges et une aide financière aux bateaux. Ils attendent une réponse.

Une économie locale sacrifiée

« C’est toute une économie qui s’effondre » disait Stéphane Pinto dans le documentaire Watt the Fish, qui relate la campagne de BLOOM et des pêcheurs artisans pour l’interdiction de la pêche électrique. « Les fileyeurs ont été sacrifiés pour les intérêts économiques d’une industrie néerlandaise destructrice à bien des égards. A l’heure actuelle, le scandale continue puisque la Commission européenne refuse de sanctionner un État fraudeur et de faire appliquer la règlementation », explique Laetitia Bisiaux, chargée du projet pêche électrique chez BLOOM. Cette collusion avec une industrie destructrice met en péril l’avenir des pêcheurs. Elle porte atteinte au bien commun et alimente la défiance des citoyens envers l’Union européenne.

Pour aller plus loin

BLOOM a lancé auprès des citoyens une action inédite de plainte contre les Pays-Bas. Cet État membre fraude sur leurs dérogations à la pêche électrique. A la date du 27 octobre 2020, 26 000 citoyens ont porté plainte. Ils exigent que l’application de la réglementation sur la pêche électrique et des sanctions contre l’État batave. Vous aussi, portez plainte (aucune implication juridique ou financière) pour exiger la fin de leur immunité : #JePortePlainte

Notes et références

[1] Une aubette est une petite étale où les pêcheurs vendent en direct leur poisson

[2] Stéphane Pinto avait par exemple écrit à plusieurs reprises au Président Macron et au Ministre de l’agriculture et de l’alimentation : https://twitter.com/fileyeurs/status/1050324711400501249/photo/1

[3] Les dossiers de plan de sortie de flotte seront disponibles au printemps 2022. Au total 12 fileyeurs des Hauts-de-France souhaitent en bénéficier.

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