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Nouvelle étude : la pêche électrique détruit l’environnement

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Alors que les Pays-Bas viennent de tenter le coup de bluff ultime en attaquant le nouveau règlement européen interdisant la pêche électrique devant la Cour de justice de l’Union européenne, le Journal de l’Environnement vient de révéler un rapport – très attendu – crucial et explosif démontrant l’impact colossal de la pêche électrique sur les écosystèmes marins.

Une première étude digne de ce nom

Cette étude — réalisée par le CEFAS[1] (équivalent britannique de l’IFREMER français) —[2] était fébrilement recherchée depuis des mois, tant par BLOOM que par les pêcheurs-artisans du pourtour de la Mer du Nord. Et pour cause, cette étude est la première à étudier l’impact de la pêche électrique dans le milieu naturel, à des années lumières des études orientées et de piètre qualité des chercheurs néerlandais… financées par les industriels néerlandais ![3] L’étude a été menée dans deux zones comparables au sud de l’Angleterre, l’une régulièrement exploitée par les chalutiers électriques et l’autre non. Le résultat est sans appel, la zone électrifiée étant moins riche en espèces et en nombre d’individus. Entre autres :

  • La diversité en espèce est 21–57% inférieure dans la zone où la pêche électrique est pratiquée par rapport à la zone préservée de cette technique de pêche destructrice;
  • Il y a 2,6 fois moins de soles — l’espèce ciblée par les chalutiers électriques — dans leur zone d’activité.

Ce résultat confirme les propos des pêcheurs artisans de la Mer du Nord, qui se plaignent depuis des années de l’état quasi désertique des fonds marins après le passage des chalutiers électriques. Il corrobore également la chute drastique des captures de soles par les artisans ces dernières années. Les chalutiers électriques peinent eux-mêmes à remplir leur quota : en 2018, ils n’ont atteint que 62% de leur quota contre 100% deux ans plus tôt.[4]

Confirmation des pires craintes

Par ailleurs, l’étude révèle aussi la forte abondance dans les eaux électrifiées de deux espèces particulières : les ophiures (sortes d’étoiles de mer très fines et cassantes) et les Bernard l’Hermite, c’est-à-dire deux espèces détritivores et charognardes. Ceci confirme l’un des aveux du scientifique en chef menant les études sur la pêche électrique pour le compte des lobbies néerlandais, Adriaan Rijnsdorp, qui avait avoué à demi-mot en janvier 2018 que « si nous prélevions des échantillons de fonds marins tout de suite, nous ne trouverions que des animaux morts. Alors nous attendons deux jours« .[5]

Un impact colossal et indiscutable

Même si les auteurs de l’étude restent prudents, ne pouvant pas attribuer de manière indiscutable ces différences nettes en termes de diversité biologique, abondance et structure des écosystèmes à la pêche électrique en raison de l’absence de point de comparaison historique,[6] cette étude n’en reste pas moins déterminante. Pour Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association BLOOM, « elle confirme au minimum la nocivité du chalut à perche — électrifié ou non — et renforce l’idée que l’électrification des chaluts n’a été réalisée que pour sauver de la faillite rapide et inéluctable de cette méthode de pêche destructrice, sans apporter la moindre réduction d’impact malgré les mensonges constants des industriels néerlandais ».

La fin est proche

« Malgré les attaques continues des Néerlandais et leurs tentatives de passage en force, nous restons sereins et confiants quant à l’interdiction totale et définitive de la pêche électrique », rassure Sabine Rosset, directrice de l’association. « Ils sont indubitablement en panique car nous avons ruiné leurs rêves de pêche électrique, mais les études indépendantes commencent à voir le jour et ne font que confirmer tout ce que nous avons révélé au cours de notre campagne ». Comme prévu par le nouveau règlement européen, nous assistons donc bien en ce moment à une réduction drastique du nombre de chalutiers électriques — de 84 à une quinzaine d’ici la fin de l’année — avant leur disparition définitive en juin 2021. Les tentatives des Néerlandais resteront vaines.

Pour aller plus loin

Lire notre document de plaidoyer pour tout savoir sur la pêche électrique

[1] CEFAS signifie Centre for Environment, Fisheries & Aquaculture Science. Site web : www.cefas.co.uk/.

[2] IFREMER signifie Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer. Site web : wwz.ifremer.fr/.

[3] En février dernier, BLOOM a mis en évidence qu’aucun fonds dédié à la recherche dans le cas des fonds structurels européens alloués à la pêche — le Fonds européen à la Pêche (FEP, 2007–2013) et le Fonds européens aux affaires maritimes et à la pêche (FEAMP, 2014–2020) — n’avait été alloué directement aux instituts de recherche. Ces fonds ont d’abord systématiquement transité par les représentants de la pêche électrique néerlandais. Étude disponible à : www.bloomassociation.org/publication-peche-electrique-feamp/.

[4] Lire le communiqué de presse du lobby néerlandais de la pêche électrique : www.visned.nl/nieuwsbrief/listid-2/mailid-140-nieuwsbrief-11-januari-2019 (en Néerlandais).

[5] Interview disponible à : www.nrc.nl/nieuws/2018/01/26/de-schrik-kramp-en-shock-van-de-gepulste-vis-a1589961 (en Néerlandais).

[6] Les zones où la pêche électrique est pratiquée étaient déjà pêchées avec les anciens types de chalut.

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