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Des pêcheurs artisans bretons victimes d’un odieux chantage

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Le 17 septembre 2018, l’association des ligneurs de la Pointe de Bretagne a adressé un courrier au Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation (de la Pêche et de l’Aquaculture) ainsi qu’au Préfet de la Région Bretagne, M. Christophe Mirmand, au Préfet du Finistère, M. Pascal Lelarge, au Commissaire européen aux Affaires maritimes et à la Pêche, M. Karmenu Vella et au Président du Conseil Régional de Bretagne, M. Loïg Chesnais Girard, afin de dénoncer l’odieux chantage aux subventions dont ils sont victimes.

Qui sont les ligneurs de la Pointe de Bretagne ?

Travaillant sur des bateaux de moins de 12 mètres et effectuant des sorties à la journée, les ligneurs sont des pêcheurs artisans qui utilisent des lignes pour capturer les poissons qu’ils ciblent, comme le bar par exemple. Choisir cette méthode sélective et respectueuse de la ressource, c’est faire le choix d’une exploitation durable en privilégiant la qualité à la quantité.

« Faire le choix d’un mode de vie en harmonie avec une nature préservée, c’est aussi penser au futur, et nécessairement, chercher à inscrire son activité professionnelle dans une logique durable et respectable. Pour cela, le pêcheur ligneur se doit de :

  • Rechercher une valorisation optimale plutôt qu’une quantité maximale
  • Capturer le poisson lorsque celui-ci veut bien se laisser séduire
  • Rechercher prioritairement les individus matures et relâcher vivants les individus ne s’étant pas encore reproduits au moins une fois
  • Respecter les cycles biologiques et notamment les périodes de frai
  • Collaborer aux programmes d’études scientifiques et aux actions de reconquête de la qualité des eaux
  • Participer à l’animation du littoral et à la sécurité en mer par une présence constante dans la bande côtière »[1]

Un chantage intolérable

Dans l’optique de mieux valoriser le fruit du travail de ses membres, l’association monte en 2018 un projet intitulé « Promotion du poisson de ligne dans les Pays de Brest et de Cornouaille ». En l’occurrence, il s’agit « de consolider et augmenter la notoriété des métiers de la ligne et de nos produits. Les actions prévues sont de communiquer sur le métier de ligneur, sur la qualité de nos produits, de mettre en œuvre des partenariats avec les acteurs de la filière et du tourisme et d’organiser des présentations de nos métiers auprès des publics scolaires, entre autres ». L’association décide de déposer une demande de subvention afin de bénéficier du soutien financier du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Précisons que le fonds dispose d’une enveloppe spécifique pour le « Développement Local mené par les Acteurs Locaux » dont les objectifs sont la «Promotion de la croissance économique, de l’inclusion sociale et de la création d’emplois, et la fourniture d’un soutien à l’aptitude à l’emploi et à la mobilité des travailleurs des communautés côtières et de l’intérieur des terres qui sont tributaires de la pêche et de l’aquaculture, y compris la diversification des activités à l’intérieur du secteur de la pêche et au profit d’autres secteurs de l’économie maritime ».

Leur dossier est ensuite examiné par les Commissions Mer et Littoral du Pays de Brest et du Pays de Cornouaille. Il est accepté à deux reprises, les 28 juin et 2 juillet 2018. Toutefois, la subvention est conditionnée au changement de communication de l’association dont le discours sur le secteur de la pêche ne semble être du goût ni du Comité départemental des pêches du Finistère (CDPMEM) ni de celui de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), comme le rapporte le président de l’association Gwen Pennarun :

« Les 28 juin et 2 juillet 2018, nous avons présenté notre projet auprès des « Commissions Mer et Littoral » des deux Pays, les instances chargées de sélectionner les projets, composées de structures publiques et privées (Conseil départemental, associations ou structures professionnelles etc.). Notre projet a été retenu à deux reprises et a reçu par deux fois un avis favorable. Au cours de la réunion du Pays de Cornouaille le 28 juin, le Comité départemental des pêches du Finistère a exprimé devant l’assemblée réunie des réticences à l’idée de subventionner une association dont il n’apprécie pas la communication. Nous avons également été surpris de voir la Direction départementale des territoires et de la mer du Finistère demander à ce que notre association ne communique pas négativement vis-à-vis de la filière. Nous avons répondu en réaffirmant l’indépendance totale de notre association et le principe de non-ingérence d’acteurs externes à nos choix de communication, qui, en outre, n’étaient pas l’objet de discussion. Lors de la réunion du Pays de Brest, le 2 juillet, le Comité départemental des pêches du Finistère nous a de nouveau enjoint de « maîtriser notre communication »

Le 13 août 2018, le président du Comité départemental des pêches réitère au cours d’une réunion organisée par le comité :

« Le 13 août 2018, notre association a été invitée par le Comité départemental des pêches à une réunion « d’échange sur le dossier ligne-bolinche » pour échanger sur les tensions qui opposent ces deux métiers. Durant cette réunion, il nous a clairement été indiqué par le président du Comité départemental des pêches que le financement FEAMP que nous avions obtenu était conditionné à l’arrêt de notre communication »

Bien entendu, aucune condition de ce type n’existe dans le règlement FEAMP. Nous sommes bel et bien face à un flagrant-délit de chantage de la part du Comité des pêches et de la DDTM.

Une situation révélatrice de pratiques scandaleuses dans le secteur

L’Association des ligneurs a décidé de ne pas céder et de dénoncer la situation auprès du Ministre. Il faut saluer cette action courageuse qui, nous l’espérons, sera suivie d’autres. Car cette musique (chantage, exclusion, menaces, etc.), BLOOM l’entend depuis malheureusement des années. L’omerta qui règne dans le secteur est ancrée mais elle n’est pas indéboulonnable. Dénoncer publiquement ces pratiques inacceptables contribue à affaiblir l’opacité qui règne en maître. BLOOM espère que tous les pêcheurs qui subissent des pressions de ce type auront eux aussi le courage de s’élever contre ceux qui recourent à ces pratiques pour maintenir leur ordre.

[1] Site officiel de l’Association des ligneurs de la Pointe de Bretagne, disponible ici : http://pointe-de-bretagne.fr/association

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