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Subventions mondiales à la pêche : les flottes industrielles raflent la mise

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Le 29 septembre 2020, une nouvelle étude coécrite par BLOOM a été publiée dans la revue scientifique internationale Frontiers in Marine Science. Cet article montre que plus de 80% des aides publiques allouées au secteur de la pêche bénéficient aux flottes industrielles.

Les grandes tendances mondiales

Cette étude — basée sur données issues d’une précédente publication parue en 2019 — estime en effet que l’ensemble du secteur de la pêche a bénéficié de 35,4 milliards de dollars de subventions en 2018.[1] Sur ce total, 22,2 milliards ont financé des mesures « néfastes », qui encouragent la surcapacité et la surpêche. Cinq pays/blocs ont alloué à eux-seuls 58% de ce montant global : la Chine, l’Union européenne, les États-Unis, la Corée et le Japon.

Jackpot pour la pêche industrielle

Cette étude décrit également la répartition des aides entre la pêche industrielle et la pêche artisanale et montre un écart particulièrement flagrant entre les deux : alors que la pêche industrielle reçoit 80% de l’ensemble des subventions, les flottes artisanales — qui représentent au moins 82% de la flotte mondiale d’après la FAO[2] — reçoivent seulement 19% de ce même montant total. Autrement dit, la répartition des subventions à la pêche est inversement proportionnel à la composition de la flotte mondiale !

En outre, les chercheurs montrent également que 64% des aides dont bénéficie la pêche industrielle sont des subventions néfastes. Près de la moitié de ces subventions néfastes (près de 40%) sont d’ailleurs des aides pour l’achat de carburant.

La nécessité d’un accord à l’OMC

Une fois de plus, cette publication démontre à quel point il est urgent de trouver un accord à l’OMC afin d’interdire les subventions à la pêche néfastes. Cependant, la recherche d’un consensus entre les États ne doit pas se traduire par un abaissement généralisé des ambitions, comme cela semble malheureusement être le cas actuellement, notamment en raison de la pente très glissante sur laquelle se trouve actuellement l’Europe quant à la négociation de son futur Fonds européen à la pêche (FEAMP, 2021–2027). À cet égard, les subventions aux carburants devraient être incluses dans le futur texte, quoiqu’en dise par exemple l’Union européenne.

Dans le cas contraire, les États auront passé vingt ans à négocier un accord qui sera totalement inapte à résoudre le problème de la surcapacité et de la surpêche. Autrement dit, ce seront vingt années définitivement perdues.

Références

[1] Sumaila et al. (2019) Updated estimates and analysis of global fisheries subsidies. Marine Policy, 109.

[2] FAO (2020) La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture — La durabilité en action (p. 46).

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