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Les Ministres européens de la pêche bafouent la loi et trahissent l’engagement européen de mettre fin à la surpêche en 2020

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Aujourd’hui, mercredi 18 décembre 2019, les Ministres européens de la pêche ont acté la poursuite scandaleuse de la surpêche dans les eaux européenne. Alors que la réforme de la Politique commune de la pêche en 2013 avait fixé un objectif contraignant et fort – exploiter tous les stocks européens à des niveaux durables « d’ici 2015 lorsque cela est possible et, pour tous les stocks, progressivement et par paliers en 2020 au plus tard » – les Ministres ont bafoué cet engagement inscrit dans la loi. A l’heure où l’Union européenne se veut leader face aux crises environnementale et climatique, cette décision montre bien la puissance des lobbys industriels soutenus par des Etats complices qui les défendent, au mépris de l’intérêt général et de la santé des écosystèmes marins.

Des quotas de pêche encore fixés au-delà des avis scientifiques

Comme chaque année, le Conseil AGRIPÊCHE (rassemblant les Ministres européens de la pêche) s’est réuni en décembre pour fixer les totaux admissibles de capture pour les stocks européens de poissons. Mais la négociation de cette année revêtait une importance particulière car elle représentait la dernière possibilité d’atteindre l’objectif fixé en 2013 de gérer l’ensemble des stocks européens à des niveaux durables en 2020. Or, les Ministres, loin de se hisser à la hauteur de cet enjeu, ont encore une fois trahi leurs engagements et adopté des limites de capture trop hautes et contraires aux avis scientifiques pour de trop nombreux stocks.

Des analyses plus poussées seront faites dans les semaines à venir pour décrire plus en détail les écarts avec les avis scientifiques et la responsabilité des différents Etats membres, dont la France qui s’est distinguée au cours des dernières années comme l’un des principaux pays œuvrant pour des niveaux de capture non durables.

Le règne de l’opacité et du double-discours n’a que trop duré

En amont de la réunion du Conseil AGRIPÊCHE, la Médiatrice européenne avait demandé de publier davantage d’informations sur les négociations des quotas de pêche entre les ministres à la suite d’une plainte de l’ONG ClientEarth. Ces négociations sont en effet très opaques : les décisions sont prises à huis clos sans justifications fournies lorsque les limites sont fixées au-delà des recommandations scientifiques. Ce manque de transparence est inacceptable dans le cadre de ce processus clé pour la durabilité des pêches et la santé des ressources communes marines.

Malgré cette demande, cette réunion s’est pourtant encore une fois tenue loin des regards et des attentes de transparence. Et les ministres n’ont pas mis fin au cercle vicieux établi depuis des années : ils ignorent la science, se battent âprement pour défendre leurs intérêts industriels nationaux, puis font des beaux discours sur la durabilité et l’atteinte d’un ‘compromis équilibré’ pour les pêcheries. Ce double-discours prend en ce moment de nouvelles tournures détestables, comme la mise en avant de la durabilité économique et sociale pour justifier de déroger à la durabilité environnementale. Or, sans poissons, la durabilité économique et sociale n’est qu’un slogan vide de sens.

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