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BLOOM contribue à un manifeste présenté à Davos

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BLOOM a contribué à un livre-manifeste présenté en avant-première aux puissants du monde lors du Forum économique de Davos en Suisse du 17 au 20 janvier 2017. Tenter de sensibiliser les chefs d’État et grands patrons de l’élite économique mondiale à l’empathie, qui constitue la pierre angulaire de l’ouvrage, nous a semblé important.

Ce manifeste,[1] intitulé « Imaginal cells — Visions for transformation », réunit diverses  personnalités autour de la conviction que la compassion peut nous guider vers un monde meilleur : Al Gore, Desmond Tutu, Mo Ibrahim, ou encore Mohammad Yunus. Chaque auteur était invité à produire un texte court sur une thématique qui lui était chère.

Un problème d’échelle

Le texte de BLOOM montre que l’industrialisation de la pêche mondiale a généré des impacts allant bien au-delà des écosystèmes marins, touchant aussi notre humanité.[2] Le parallèle est fait avec l’industrie de la viande et le livre précurseur d’Upton Sinclair, « La Jungle » (publié en 1906), dans lequel il décrit la réalité insupportable des massacres de masse.[3]

La « condition animale »

Chaque année, plus de 50 milliards d’animaux terrestres sont tués afin de satisfaire la consommation humaine,[4] souvent dans des conditions intolérables. Notre manque de compassion envers les mammifères augure d’un avenir plutôt sombre pour les poissons. L’Europe est d’ailleurs en passe d’approuver l’impensable : la pêche électrique, c’est-à-dire l’électrocution des poissons ! Cette technique de pêche est aujourd’hui en voie d’être banalisée au prétexte qu’elle est plus économe en carburant et moins destructrice pour les habitats que le chalutage de fond.

Initiative conjointe du Ministère des affaires économiques des Pays-Bas et de l’industrie hollandaise, le Dialogue international sur la pêche électrique s’ouvrira à Amsterdam le 20 janvier 2017 et visera à augmenter l’acceptabilité par les décideurs et les pêcheurs de cette nouvelle pratique de pêche.

Comment s’en sortir ?

« Nous avons déclaré la guerre aux poissons », avait alerté Daniel Pauly, Professeur d’halieutique à l’Université de Colombie-Britannique (Vancouver, Canada), et nous l’avons gagnée depuis bien longtemps. Notre capacité technologique s’est révélée inadaptée à la vulnérabilité biologique inhérente à la vie marine.

Pendant des décennies, les gouvernements ont financé des pratiques destructrices grâce à l’argent public, par le biais des subventions allouées aux industriels. Pour la pêche, cela a entraîné la destruction des communautés côtières, de la biodiversité et des habitats marins et la surexploitation de la plupart des stocks[5] de poissons.

Nous devons inverser cette tendance, et cela ne peut être réalisé qu’en réorientant les fonds publics vers des pratiques plus vertueuses (d’où l’importance de sensibiliser l’élite de Davos !) et la restructuration des communautés côtières.

L’empathie, ce solvant universel

L’empathie est donc la solution. Dans un ouvrage remarquable, Simon Baron-Cohen explique comment l’empathie a été largement négligée bien qu’elle soit « l’une des ressources les plus précieuses dans notre monde ».[6] L’empathie est efficace pour résoudre tous les conflits, mais contrairement à l’industrie de l’armement qui coûte des milliards de dollars, ce « solvant universel » dissout tous les problèmes gratuitement. Abusons-en !

Notes et références

[1] Une diffusion grand public est prévue dans les prochains mois.
[2] C. Nouvian et F. Le Manach (2017) Troubled waters. pp. 42-47 Dans Polman K and Vasconcellos-Sharpe S (eds.), Imaginal cells — Visions for transformation. The brewery at Freuds, Londres (RU).
[3] Sinclair (1906) The jungle. Doubleday, Jabber & Company, Chicago, IL (USA). 475 p.
[4] FAO (2008) FAOSTAT. Food and Agriculture Organization of the United Nations, FAO), Rome (Italie). Disponible à : http://faostat.fao.org/.
[5] En halieutique, un « stock » de poisson correspond à une fraction de la population totale d’une espèce donnée, dans une région donnée, à l’exclusion des individus trop petits pour être capturés ou hors de portée des engins de pêche. Il s’agit d’une unité de gestion utilisée par les scientifiques et les représentants politiques, par exemple lors de la détermination des quotas dans les eaux européennes.
[6] Baron-Cohen (2011) Zero degrees of empathy: a new theory of human cruelty. Allen Lane. 190 p.

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