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Pêche dans les anglo-normandes

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Face au Brexit, l’inquiétude des pêcheurs français grandit. A Guernesey puis à Jersey, les pêcheurs anglo-normands veulent reprendre le contrôle sur leurs eaux.

Retour provisoire à la normale pour Guernesey

L’île de Guernesey, dépendance de la Couronne britannique, avait suspendu l’accès à ses eaux aux pêcheurs normands et bretons, le jour-même du Brexit. En effet, le gouvernement français n’avait pas anticipé et négocié la sécurisation des droits de pêche au même titre que pour les autres eaux britanniques. Les pêcheurs français avaient alors menacé de bloquer les débarquements des navires britanniques à la criée. Finalement, le gouvernement français s’était mobilisé pour négocier des accords : une semaine plus tard, le 6 février 2020, les premières autorisations de pêche étaient délivrées par les autorités de Guernesey. Ces licences nominatives et temporaires expirent le 31 décembre 2020. De nouveaux accords, plus pérennes, devront être trouvés sans quoi ces conflits réapparaîtront.

Cependant, ces tensions auraient pu être évitées et pourraient avoir été initiées par la France selon un article publié dans le  Télégramme : « une semaine avant le jour J, les autorités de Guernesey expliquaient encore au gouvernement français qu’elles ne voulaient rien changer. Selon leur directeur des relations internationales, Jo Reeve, l’île « proposait une période de continuité en 2020 » , sur le modèle du Royaume-Uni. Mais, le 24 janvier, lors d’une conférence téléphonique initiée par Paris, « le gouvernement français a soulevé la nécessité pour la France de remplir ses obligations au regard du règlement 2017/2403 (SMEFF), ce qui supposait pour Guernesey d’émettre des autorisations de pêche valides ».

Des tensions apparaissent à Jersey

Les pêcheurs de Jersey, l’île voisine, ont pour leur part manifesté le 14 février 2020 contre les pêcheurs français. Depuis 2000, la pêche autour de cette île est réglementée par les accords de la Baie de Granville  qui prévoient un partage des eaux entre la France et Jersey en raison de leur proximité, jusqu’en décembre 2020. Ils permettent, entres autres, à 420 navires français d’accéder aux eaux jersiaises alors que seulement 135 navires jersiais pêchent dans leur propres eaux. Les deux parties restent soumises au droit international de la pêche et doivent le respecter. Ces accords bilatéraux franco-britanniques ne sont pas concernés par le Brexit, mais les pêcheurs de Jersey veulent les renégocier : dans un communiqué de presse, ils  appellent le Ministre britannique à reprendre le contrôle de leurs eaux et exigent que les licences permettant aux navires non britanniques de pêcher soient émises par le gouvernement de Jersey.

Ces tensions ne sont pas nouvelles. Les accords de la Baie de Granville semblent à première vue asymétriques [1]. Dans la balance, une dépendance de ces îles à l’électricité venue de France via des câbles. En effet, leur consommation électrique est en constante augmentation, car Guernesey héberge les serveurs des sociétés de jeux en ligne domiciliés à Aurigny qui leur octroie une « fiscalité avantageuse ».

La tension monte d’un cran et les mois à venir vont être décisifs pour la pêche européenne.

Notes et références

[1] En définitive, les accords conclus à Jersey le 4 juillet 2000 vont permettre de perpétuer un régime dont les pêcheurs français sont les principaux bénéficiaires et qui ne connaît guère de précédent ailleurs, tant il déroge sous bien des aspects aux tendances lourdes qui imprègnent le droit de la mer contemporain. Source : https://www.persee.fr/docAsPDF/afdi_0066-3085_2000_num_46_1_3630.pdf

 

 

 

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