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Une grave erreur dans les nouveaux rapports de la FAO sur les pêcheries mondiales

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L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) vient de publier deux rapports sur l’état des pêches et de l’aquaculture[1] et sur les impacts du changement climatique sur ces deux secteurs.[2] Les deux rapports confirment des tendances alarmantes : la surpêche s’aggrave dans le monde (33% des stocks de poissons sauvages sont actuellement surexploités contre 31% dans le précédent rapport datant de 2016). La consommation par habitant de poissons augmente, tandis que 35% des poissons capturés dans le monde sont rejetés ou gaspillés. Les rapports confirment également que les communautés côtières les plus vulnérables et dépendantes du poisson pour leur survie seront les plus touchées par le changement climatique. Ces deux excellents rapports montrent clairement que les gouvernements du monde entier doivent agir rapidement s’ils veulent atteindre les objectifs de développement durable fixés par les Nations unies.

Malheureusement, le deuxième rapport — dont le but est de mettre en évidence les moyens prometteurs pour atténuer les impacts négatifs du changement climatique — contient une grossière erreur au sujet de la pêche électrique, qui pourrait avoir d’énormes conséquences sur le secteur de la pêche à l’échelle mondiale, si elle n’était pas rapidement corrigée.

UNE GRAVE ERREUR DANS LE RAPPORT DE LA FAO

Le deuxième rapport de la FAO mentionne que « les économies d’énergie peuvent être substantielles grâce à l’utilisation d’impulsions électriques en Mer du Nord. Les recherches néerlandaises ont montré une réduction de 40 à 50% de la consommation de carburant lorsque les chaluts électriques, plus légers et plus lents, sont utilisés en lieu et place des traditionnels chaluts à perche, plus lourds et plus rapides ».[3] Cette déclaration est un copié-collé de la propagande néerlandaise sur la pêche électrique.[4] Elle n’a pas été remise en question par la FAO avant d’être insérée telle quelle dans ce rapport fondamental. Malheureusement, elle est totalement fausse.

Ceci est extrêmement regrettable car les rapports de la FAO connaissent un écho retentissant et influencent largement les décideurs politiques dans le secteur de la pêche au niveau mondial.

La pêche électrique en Mer du Nord n’entraîne pas d’économie d’énergie substantielle, comme le prouvent les ratios de captures par litre de carburant consommé : les chaluts à perche conventionnels ne capturent que 420 g de poissons par litre de carburant consommé et les chaluts électriques 450 g.[5] Les chaluts électriques sont simplement beaucoup plus efficaces que les engins qu’ils remplacent (les chaluts à perche traditionnels) pour attraper la sole, l’espèce qui se valorise le mieux. Ils atteignent ainsi leurs quotas plus rapidement qu’auparavant.

DES CONSÉQUENCES DÉSASTREUSES POUR TOUS LES PÊCHEURS

Alors que des questions fondamentales telles que l’impact de l’électricité sur le développement des juvéniles, des œufs, ou sur les stades de reproduction des organismes marins restent peu ou pas étudiées,[6] les effets négatifs de l’efficacité radicale des chalutiers électriques ne se font pas attendre d’un point de vue social : la pêche électrique menace l’avenir même des pêcheurs artisans en Mer du Nord. « Si la pêche électrique venait à se répandre, elle ravagerait les économies côtières et les écosystèmes du monde entier, conduisant à des catastrophes socio-économiques dans des régions du monde comme le continent africain » alerte le directeur scientifique de BLOOM, Frédéric Le Manach. « La pêche électrique est interdite dans le monde entier pour de bonnes raisons », rappelle-t-il. « En Europe, la pêche électrique n’est autorisée que depuis 2006 par le biais de dérogations scandaleuses qui ont été accordées à l’encontre des avis scientifiques. Dans ce cas précis, l’Europe est tout sauf un modèle pour le reste du monde ».

La pêche électrique ne permettra pas de limiter le changement climatique et encore moins d’accroître la sécurité alimentaire : son unique objectif est d’augmenter les profits et la concentration des quotas entre les mains de quelques industriels, ce que la FAO ne devrait jamais promouvoir.

BLOOM appelle la FAO à honorer sa mission et sa devise « Fiat Panis », à savoir « du pain pour tous » en supprimant rapidement de son rapport cette mention fausse, trompeuse et potentiellement dangereuse.

POUR ALLER PLUS LOIN

> Lire nos révélations sur le scandale multi-facettes de la pêche électrique en Europe www.bloomassociation.org/peche-electrique-nouvelles-revelations-scandale-europeen/

> Lire notre document d’information sur la pêche électrique www.bloomassociation.org/wp-content/uploads/2018/05/plaidoyer-peche-electrique-v2.pdf

RÉFÉRENCES

[1] Rapport “The state of the world fisheries and aquaculture — Meeting the Sustainable Development Goals” disponible à :www.fao.org/3/i9540en/I9540EN.pdf.

[2] Rapport “Impacts of Climate Change on Fisheries and Aquaculture — Synthesis of current knowledge, adaptation and mitigation options” disponible à : www.fao.org/3/I9705EN/i9705en.pdf

[3] Voir p. 595 (www.fao.org/3/I9705EN/i9705en.pdf). De plus, notez que le rapport de la FAO cite Jeremy Percy, directeur de la plate-forme LIFE (Low impact fishers of Europe), ce qui est un non-sens. M. Percy et sa plateforme participent actuellement à une campagne européenne contre la pêche électrique.

[4] Voir par exemple la plateforme de lobbying « Care for the Climate », disponible à :https://spark.adobe.com/page/LTf3vpqJpgwfz/

[5] Voir le rapport de l’IMARES, disponible à : www.nsrac.org/wp-content/uploads/2014/04/16383_Imares_Factsheet_Pulse_Fishery.pdf.

[6] Lire notre analyse, disponible à : www.bloomassociation.org/offensive-scientifique-pour-sauver-la-peche-electrique/

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