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Demande d’enquête indépendante sur les décès et violations des droits humains

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Le 5 août 2020, BLOOM, Blue Marine Foundation, SharkProject et le WWF ont publié une déclaration commune demandant une enquête complète et indépendante sur les décès et violations des droits de l’homme dans la zone de la Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC). Cette déclaration fait suite à la publication d’un rapport de l’ONG Human Rights at Sea en juillet, qui a mis en évidence des cas choquants de violations des droits de l’homme et de décès d’observateurs dans l’océan Pacifique.

En particulier, notre déclaration fait écho à la mort tragique et au meurtre présumé de l’observateur des pêcheries de Kiribati Eritara Aatii en mars 2020 à bord du navire de pêche taïwanais Win Far n° 636. Ce décès, et bien d’autres (il est le huitième observateur des pêches connu à mourir ou à disparaître dans la région depuis 2009), est survenu dans le cadre de la pêcherie thonière de l’Accord de Nauru (PNA) — la plus grande pêcherie thonière au monde — qui a obtenu une certification très controversée du Marine Stewardship Council (MSC) en 2011 (voir « Pour aller plus loin »).

Le fait que le MSC soit une imposture est désormais clairement établi, mais ces gravissimes abus de droits de l’homme au sein de pêcheries certifiées représentent un problème colossal bien au-delà des faiblesses environnementales et structurelles du label, qui ne doivent pas être considérées à la légère. Outre notre appel à la WCPFC de mettre en place une enquête complète et indépendante sur les décès et les violations des droits humains dans sa zone de convention, nous continuons de demander aux distributeurs et marques de se distancier du label MSC tant que ses promesses ne sont pas tenues et ses normes et processus radicalement réformés.

Pour aller plus loin

Compartimentation

En 2017, de nombreux acteurs dont BLOOM ont lancé la campagne On The Hook pour empêcher la recertification de la pêcherie thonière PNA. Le point de discorde était simple : cette pêcherie cible deux espèces de thon (listao et albacore) en utilisant un seul engin : une senne coulissante.[1] Au cours du même voyage, cette senne coulissante peut être utilisée de manière opportuniste sur des « bancs libres » de thon — activité certifiée MSC — ou sur des bancs formés autour de « dispositifs de regroupement de pêche » (DCP).[2] Cette pratique utilisant les DCP capture de nombreux requins, tortues, thons juvéniles et autres espèces protégées ou sensibles, ce qui la rend non durable. En février 2018, la pêcherie PNA a été recertifiée, mais le MSC a annoncé en février 2020 que la « compartimentation » controversée des pêcheries serait désormais interdite lors des évaluations de certification (sans retirer les certificats actuels pour les pêcheries compartimentées…). Par ailleurs, il existe maintenant des pêcheries thonières certifiées pour leurs activités sous DCP, ce qui représente une dérive supplémentaire du label.

Ailerons de requin

La pêche PNA est également très controversée d’un autre point de vue : l’aileronnage de requin. Cette pratique consiste à retirer et à retenir les ailerons de requins et à jeter leurs carcasses en mer. Les ailerons sont très prisés. Les pêcheurs attrapent les requins et coupent les nageoires, sans se soucier de savoir si le requin est vivant ou mort. Les requins — la plupart encore vivants — sont ensuite jetés à la mer. Cette pratique inutile et inhumaine a été interdite par le MSC de son cahier des charges en 2011 (entrée en vigueur en 2013) et viole le Code de conduite pour une pêche responsable de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, mais malgré ces belles promesses du MSC, cette interdiction est encore mal appliquée dans les pêcheries certifiées MSC, y compris la pêcherie PNA.

> Voir notre article sur l’aileronnage de requins dans les pêcheries certifiées MSC (en anglais)

Notes et références

[1] Une senne coulissante est un grand filet vertical utilisé pour encercler des bancs de thon. Un système coulissant ferme le filet et permet de capturer l’intégralité du banc.

[2] Les dispositifs de concentration de poissons sont des radeaux flottants équipés de divers modules comme des bâches, des câbles et des filets pour attirer les poissons. Ces dispositifs sont régulièrement critiqués pour capturer de nombreux juvéniles et espèces indésirables, parfois menacées. Ils peuvent également créer un « piège écologique » qui conduit les bancs de thon vers des zones moins adaptées à leur physiologie. La pêche thonière à la senne autour de ces dispositifs représente désormais la majorité des cinq millions de tonnes de thon capturées chaque année.

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