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Arrestation d’un navire néerlandais pratiquant la pêche électrique

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Un chalutier électrique néerlandais, le Grietje Geertuida, pêchant illégalement dans les eaux françaises a été arraisonné à Dunkerque le 13 mars 2018. Il utilisait un maillage non conforme. L’intégralité de la pêche journalière a été saisie, soit 1574 kg de poissons dont 836 kg de soles. Hasard du calendrier ou volonté politique, cette arrestation intervient quelques jours avant le début du trilogue qui doit se prononcer sur l’avenir de la pêche électrique.

Le poisson a été calibré par les autorités françaises afin de procéder à sa vente. Les pêcheurs sont allés de surprise en surprise. Ils ont découvert 180 kg de soles et 9,2 kg de merlans hors taille. Les Néerlandais plaident « l’obligation de débarquement » pour justifier une telle proportion de poissons sous taille mais se sont pris les pieds dans les filets de leurs propres arguments étant donné que les poissons, supposément « destinés à la destruction » avaient été éviscérés !  La preuve qu’ils avaient la ferme intention de les commercialiser. Il s’agit bien évidemment d’un flagrant délit de fraude.

Copyright : FDrogerys

Par ailleurs, certains poissons présentaient des taches. Si des incertitudes pèsent quant à l’origine de ces marques (bactéries, ulcères ou brûlure électrique ?), cela pose une question d’hygiène et d’une possible contamination en mélangeant des poissons sains avec des poissons marqués.

Les pêcheurs des Hauts-de-France ont exprimé leur mécontentement sur les réseaux sociaux : ils ne se sentent pas suffisamment soutenus par les autorités politiques et demandent au Ministre Stéphane Travert de défendre réellement l’interdiction totale de la pêche électrique en Europe, comme celui-ci s’est engagé à le faire le 6 mars dernier devant l’Assemblée Nationale, c’est-à-dire en déployant une stratégie de victoire et un réel effort diplomatique pour emporter une majorité au Conseil sur cette question.

Des infractions répétées par les navires pêchant à l’électricité

Ce n’est pas la première fois que des navires utilisant des courants électriques sont en infraction. Le 13 mars se tenait également le procès du Jacob Cornelis, un autre chalutier néerlandais, arraisonné un an plus tôt pour des infractions similaires.[1] Le Boeir, arrêté en février 2017, utilisait lui aussi un maillage non réglementaire et une centaine de kilogrammes de soles en-dessous de la taille autorisée avait été retrouvée à bord.[2] Un autre navire, le Magriet fut condamné à 168 000 £ pour huit infractions dont le non-respect des zones de fermeture saisonnière à la pêche.[3] En août 2017, des inspecteurs de contrôle néerlandais qui avaient relevé une infraction liée à l’utilisation d’un maillage sous-taille ont même été trainés dans l’eau par le navire Jan Senior.[4] Les membres d’équipage ont été accusés de tentative d’homicide.

Malheureusement les Affaires Maritimes n’ont pas la possibilité de contrôler les paramètres électriques. Cette totale opacité avait déjà été dénoncée à plusieurs reprises par le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM).[5] Le manque d’encadrement de cette technique dite « expérimentale » révèle encore une fois l’imposture européenne de la pêche électrique. BLOOM rappelle que 84 navires néerlandais sont équipés d’électrodes pour mener des recherches ‘scientifiques’ alors que le cadre réglementaire ne leur autorise que 14 bateaux. BLOOM a porté plainte contre les Pays-Bas à ce sujet le 2 octobre 2017 auprès de la Commission européenne, mais celle-ci n’a toujours pas répondu ni entamé une procédure à l’encontre de cet Etat membre pour non respect du droit européen.

 

Notes et références

[1] Lire l’article publié : http://www.lavoixdunord.fr/334177/article/2018-03-13/le-patron-pecheur-neerlandais-absent-la-barre-devait-repondre-de-peche-illegale

[2] Lire l’article publié : http://www.lavoixdunord.fr/119637/article/2017-02-16/un-chalutier-hollandais-suspecte-de-fraude-arraisonne-au-large

[3] Lire l’article publié (en Anglais) : http://www.fis.com/fis/worldnews/worldnews.asp?monthyear=6-2017&day=13&id=92219&l=e&country=&special=&ndb=1&df=0

[4] Lire l’article publié (en Néerlandais) : https://www.nvwa.nl/nieuws-en-media/nieuws/2017/08/30/kotter-brengt-nvwa-inspecteurs-in-gevaar-bemanning-aangehouden-door-politie

[5] Le CIEM estime que « le cadre réglementaire actuel est insuffisant pour empêcher l’introduction de systèmes potentiellement destructeurs ». CIEM (2016) Advice 2016, Book 1. Request from France for updated advice on the ecosystem effects of pulse trawl.

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