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Pêche profonde : Aucune menace pour l’emploi, une opportunité même

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Un communiqué de BLOOM et Oceana.

 

A cours d’arguments, les conglomérats industriels impliqués dans la pêche profonde, Intermarché en tête, agitent plus que jamais la supposée menace de l’emploi pour détourner le débat public de l’essentiel : l’absurdité économique et l’impact écologique désastreux des pêches profondes au chalut et leur probable interdiction imminente par le Parlement européen, lors d’un vote le 10 décembre 2013.

 

L’estimation des emplois concernés par les pêches profondes mise en avant par les industriels et les élus locaux de Lorient a connu une inflation spectaculaire en quelques années. Au moment du Grenelle de la Mer (2009/2010), le chiffre de 200 emplois directs et indirects pour les pêches profondes en France faisait l’unanimité, mais dès que la Commission européenne a sorti sa proposition de règlement pour encadrer la pêche en eau profonde (le 19 juillet 2012), le chiffre de 600 emplois pour la seule région de Lorient a été avancé. Depuis quelques jours, c’est finalement de 3000 emplois qu’il s’agirait pour la seule région Bretagne, soit 15 fois plus qu’il y a trois ans !

 

Si la pêche profonde en France concernait 3000 emplois alors qu’en 2011, les espèces profondes représentaient 2,3 % de l’ensemble des captures françaises,[1] cela signifierait que la pêche profonde représente 17% de l’emploi du secteur ! Ce ratio captures/emplois impliquerait 132 337 emplois pour tout le secteur de la pêche en France… Un scénario dont on rêverait tous mais qui s’inscrit pour le moment dans la science-fiction puisque le secteur de la pêche employait en France 18 617 personnes en 2011 (et 12 823 en Equivalent Temps Plein).[2]

 

Comme dirait Pénélope Bagieu, l’auteure de la BD devenue virale sur la pêche profonde qui a fait passer la pétition de BLOOM contre ces méthodes de pêche destructrices de 26 000 signatures le 18 novembre à 470 000 ce vendredi matin, il ne faudrait pas prendre les gens « pour un jambon » !

 

Selon les calculs de BLOOM, entre 44 et 112 emplois sont directement liés à l’activité de pêche profonde (les captures d’espèces d’eaux profondes représentent 25 à 40% de l’activité des navires),[3] soit 0,2 à 0,5% des pêcheurs français[4] et de 132 à 470 emplois totaux sont induits par les prises d’espèces d’eaux profondes en France (selon le chiffre initial utilisé et le coefficient multiplicateur).[5]

Toute l’opération de communication d’Intermarché et des élus de Lorient est axée sur le principe que la Commission européenne propose d’interdire TOUTES les pêcheries d’eaux profondes, alors qu’elle a au contraire explicitement mentionné que des fonds publics seraient disponibles pour la reconversion à d’autres engins de pêche, par exemple la palangre, ce qui conduirait à la création d’emplois.

 

« Si les flottes acceptaient de se convertir à la palangre, comme la Commission européenne le propose, ils opteraient pour un engin de pêche qui génère six fois plus d’emplois que le chalutage profond » insistait Javier Lopez de l’ONG Oceana, faisant référence à l’étude que la New Economics Foundation[6] a sortie le 19 novembre 2013.

 

« Les flottes ne souhaitent pas se convertir à la palangre parce qu’elles ne veulent pas créer des emplois qui mèneraient nécessairement à une augmentation des charges sociales et des dépenses. La pêche industrielle protectrice de l’emploi et soucieuse des hommes et du territoire, ce n’est pas pour demain ! » concluait Claire Nouvian, fondatrice de l’association BLOOM dont la pétition contre le chalutage profond recueillait ce vendredi matin plus de 470 000 signatures grâce à la BD devenue virale de Pénélope Bagieu

 

 

[1] Soit 10 215 tonnes d’espèces listées aux annexes I & II du règlement actuellement en vigueur EC N°2347/2002 par rapport à 450 608 tonnes de poissons capturées en 2011 (données FAO 2011).

[2] European Commission, The 2011 Annual Economic Report on the EU Fishing Fleet, (STECF-11-16).

[3] La fourchette dépend de si l’on prend l’équipage complet des navires (112 ETP) ou un chiffre basé sur le pourcentage des prises d’espèces profondes (44 ETP).

[5] Les multiplicateurs utilisés ici sont compris entre : 1 emploi en mer créant 2 emplois à terre et 1 emploi en mer créant 3,2 emplois à terre ; ceci est reconnu par les économistes halieutiques comme étant une valeur haute pour des navires industriels dans des pays développés.

 

Comment l’industrie a-t-elle fabriqué les chiffres qu’elle avance ?

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