Quel est le problème

Partager :

Qu’est-ce que la pêche électrique ?

Chalut électrique

Un chalut électrique. Le « T » métallique à l’avant sert à lester le filet. Les gros câbles noirs sont les électrodes en série, qui envoient un courant électrique dans le sédiment

La pêche électrique consiste à envoyer des décharges dans le sédiment afin de capturer plus facilement les poissons plats qui y vivent enfouis. Il s’agit d’une « évolution » d’un type de chaluts, dit « à perche », dont les chaînes gratteuses (à l’impact dévastateur sur les habitats marins) ont été remplacées par des électrodes.

L’argument numéro 1 utilisé par les promoteurs du chalut électrique est son efficacité énergétique : comparé au chalut de fond à perche « conventionnel », les dépenses en carburant sont divisées par deux.

L’engin étant plus léger, son impact moindre sur l’habitat est également mis en avant, mais quid de ses impacts sur l’écosystème plus généralement ?

Des impacts non quantifiés mais une montagne de preuves empiriques

Le courant électrique n’épargne aucun organisme : toute la vie marine est électrocutée. Il n’existe pratiquement pas de quantification de l’impact de la pêche électrique, par exemple sur les poissons électro-sensibles (requins et raies),[1] mais aussi sur les œufs, les juvéniles, le plancton, la physiologie des poisons, la chimie de l’eau etc. Une étude notable de l’IMARES (institut public néerlandais de recherche marine) a montré que 50 à 70% des cabillauds de grande taille capturés par les chaluts électriques avaient la colonne vertébrale fracturée.[2] Une autre montre que les champs électriques pourraient être responsables de l’affaiblissement du système immunitaire des crevettes et vers.[3]

Au final, l’unique quantification concerne la consommation de carburant, mais est-ce suffisant pour la considérer comme durable ? NON ! C’est le chant des sirènes : l’hyper efficacité de la pêche électrique permet des gains à court terme mais risque de transformer, à plus longue échéance, l’océan en désert. À terme, elle signe le glas du secteur européen de la pêche.

De nombreux témoignages à charge

D’innombrables pêcheurs critiquent vivement la pêche électrique pour son hyper efficacité et ses impacts très violents sur la ressource : les poissons remontés dans les chaluts montrent souvent des brûlures, des ecchymoses et des déformations du squelette consécutives à l’électrocution.[4]

La plateforme LIFE des pêcheurs artisans européens a publié en septembre 2017 un recueil de témoignages glaçants des ravages environnementaux et sociaux de la pêche électrique.

Un problème déjà soulevé

En 2012 et 2014, l’association Robins des Bois avait déjà alerté sur le scandale de la pêche électrique en utilisant l’analogie du Taser pour décrire cette méthode de pêche violente. Lire leurs deux excellents communiqués ici

Références

[1] CIEM (2006) Answer to special request on pulse trawl electrical fishing gear. Copenhague (Danemark), 3p.

[2] de Haan et al. (2011) The effect of electric pulse stimulation to juvenile cod and cod of commercial landing size. IMARES, Institute for Marine Resources & Ecosystem Studies.

[3] Soetaert et al. (2015) Determining the safety range of electrical pulses for two benthic invertebrates: brown shrimp (Crangon crangon L.) and ragworm (Alitta virens S.). ICES Journal of Marine Science, 72(3): 973-80.

[4] Monbiot (2015) We should be outraged by Europe slaughtering sea life in the name of ‘science’. The Guardian, 9 février 2015.

Partager :