Mieux consommer

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La « page consommation » compte parmi les plus consultées de notre site internet et la question : « que puis-je faire en tant que citoyen / consomm’acteur ? » nous est très souvent posée lors de nos interventions. Pas de doute : cela témoigne de votre envie d’agir face aux constats malheureusement souvent inquiétants que nous relayons sur l’état de santé de l’océan. Cette envie de faire bouger les choses est extrêmement encourageante et nous vous proposons dans cette nouvelle version de la page de nouveaux outils pour consommer de manière plus informée.

Ici, vous ne trouverez pas de guide d’espèces à consommer / à éviter. Produits par de nombreuses ONG, ceux-ci peuvent être utiles pour rayer de sa liste de courses certains poissons dont la pêche ne peut pas être durable ou dont les stocks sont au plus bas. C’est le cas, entre-autres, des requins et des espèces profondes : lingue bleue, sabre noir, grenadier de roche, hoki, empereur, sébaste, dont les traits de vie (croissance, reproduction, longévité, …) les rendent très vulnérables à la pêche.

En revanche, ces guides sont plus ou moins fiables pour leurs « listes vertes » ou leurs « listes jaunes » et sont difficiles à maintenir à jour étant donnée la complexité de l’évaluation de la « durabilité » de l’exploitation d’une espèce (voir ci-dessous). De nombreux paramètres sont utilisés pour classer les espèces dans les différentes catégories (espèce, zone de pêche, engin de pêche, saison, …) et ceux-ci doivent être réévalués régulièrement et régionalement.

De plus, suggérer qu’il soit possible d’enrayer la surpêche d’une espèce seulement en reportant la consommation sur d’autres espèces dont les stocks ne sont pas considérés comme surexploités serait naïf et nous éloigne de la vraie urgence : repenser notre consommation de poisson et orienter celle-ci vers les captures issues des types de pêche avec l’impact le plus faible.

Nous sommes d’avis que le bon sens dicte l’adoption d’une approche plus précautionneuse consistant à :

  1. Choisir notre poisson en utilisant l’engin de pêche comme critère principal ;
  2. Privilégier le poisson issu de la pêche artisanale ;
  3. Réduire tout court notre consommation de poisson.

 1 – Choisir son poisson en utilisant l’engin de pêche comme critère principal

Plutôt que de regarder l’espèce ciblée ou la zone de pêche, choisir son poisson en s’informant de la méthode de pêche utilisée et en privilégiant les engins à faible impact permet de s’assurer qu’il n’a pas engendré d’importantes captures d’espèces accessoires ni la destruction d’habitats marins. Même si le poisson de ligne est plus cher, il est de bien meilleure qualité car il n’a pas été écrasé dans le fond du chalut ni été stocké à bord pendant plusieurs jours.

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(cliquer sur l’image pour accéder à l’infographie dans son intégralité)

Etal d'un poissonnier © BLOOM Association

Etal d’un poissonnier © BLOOM Association

2 – Privilégier le poisson issu de la pêche artisanale

Notre vision d’avenir pour la pêche est un modèle qui maximiserait les bénéfices sociaux et limiterait au maximum les impacts environnementaux. C’est globalement la pêche artisanale qui remplit actuellement le mieux ces critères : [1]

  1. La pêche artisanale emploie 12 millions de personnes dans le monde, la pêche industrielle un demi-million ;
  2. La pêche artisanale produit autant de captures pour la consommation humaine que la pêche industrielle en utilisant un huitième du carburant brûlé par la grande pêche ;
  3. La petite pêche utilise généralement des méthodes de pêche plus sélectives et rejette moins de poissons (en meilleur état). La majorité des captures est utilisée pour la consommation humaine ;
  4. Les pêches industrielles rejettent entre 8 et 20 millions de tonnes de poissons par an, le plus souvent morts ;
  5. En outre, les flottes industrielles capturent 35 millions de tonnes de poissons qui sont transformées en farines animales pour les élevages de volailles, de porcs et de poissons ;
  6. Au niveau mondial, un pêcheur industriel reçoit en moyenne 187 fois plus de subventions au gasoil par an qu’un pêcheur artisan bien que ceux-ci pêchent quatre fois plus de poissons par litre de fioul utilisé.

« Cet avantage donné aux pêches industrielles est injuste et aurait mené dans n’importe quel autre secteur d’activités à une rébellion des individus concernés, mais la plupart des pêcheurs artisans se trouvent dans des pays en voie de développement et n’ont presque pas d’influence politique » commente la chercheuse Jennifer Jacquet.

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 3 – Réduire notre consommation de poisson

Pour les habitants des pays développés dont la survie ne dépend pas des protéines animales, réduire leur part dans notre alimentation reste l’une des solutions les plus efficaces. Elle est à la portée de tout citoyen. Attention toutefois à ne pas remplacer ce poisson par de la viande qui, en plus d’être une des causes majeures du réchauffement climatique,[2] contribue également à la surexploitation mondiale de certaines espèces de poisson. Comme nous le disions dans le point b), environ 30% des poissons pêchés dans le monde sont du « poisson fourrage », c’est-à-dire de la nourriture pour le bétail, les saumons d’élevage et les animaux domestiques.[3] Cette pêche intensive de poissons fourrages résulte également en des effets très négatifs pour les populations d’oiseaux marins, de cétacés et de poissons carnivores (ceux que nous désirons le plus).[4]

Quid des écolabels ?

Pour BLOOM, aucun label existant ne garantit malheureusement à 100% que le poisson certifié est durable. Plutôt que de conseiller aux citoyens de s’en remettre aveuglément aux labels et à la certification, dont le fonctionnement même tend à privilégier les flottes de pêches industrielles, nous préférons informer les consommateurs afin qu’ils puissent choisir leur poisson en conscience, selon la méthode de pêche utilisée.

Certains labels spécifiques peuvent être utiles pour identifier du « bar de ligne » ou des « huîtres traditionnelles », mais il existe encore trop d’exemple de pêcheries certifiées durables « au rabais » par les principaux écolabels (MSC, FOS, Pavillon France) pour s’en remettre à leur seul jugement.

http://www.bloomassociation.org/un-eco-label-europeen-pour-les-produits-de-laquaculture-et-de-la-peche/

http://www.bloomassociation.org/nos-actions/nos-themes/campagne-peche-durable/les-labels-trompeurs/

Pourquoi parler de poisson « durable » est-il délicat ?

  • Notre connaissance des écosystèmes océaniques est très imparfaite. On connaît mieux la surface de la lune que les fonds marins par exemple. Bien sûr, pour en estimer le nombre, les poissons ne sont pas comptés un par un : on estime leur abondance par des modèles mathématiques complexes pour lesquels une certaine marge d’incertitude ou d’erreur existe. Notre analyse des données du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) montre qu’aucune espèce n’est actuellement pêchée durablement dans les eaux européennes.[5] Seuls 18% des stocks sont pour le moment soumis à une pression de pêche qui pourra, à terme, les ramener à une « taille optimale » ;
  • L’industrie de la pêche, dernière activité de prélèvement de ressources sauvages, a en quelques années développé des techniques d’extraction intensives qui ne sont souvent pas du tout à la mesure de la vulnérabilité des espèces ciblées et des écosystèmes impactés (c’est l’exemple du chalutage profond). Ces pratiques paraîtraient totalement aberrantes si celles-ci étaient perpétrées sur terre.

En résumé

Bien entendu, les conseils que nous vous donnons pour choisir un poisson issu des pratiques les plus durables possibles ne peuvent pas être décorrélés des constats que nous relayons, toujours basés sur des études scientifiques. Nous souhaitons susciter une réflexion autour de ceux-ci : déclin des captures mondiales depuis les années 80 malgré une puissance de pêche qui augmente, essor d’un type d’aquaculture peu durable, inégalités Nord-Sud dans l’accès aux protéines animales, etc. Notre message peut sembler décourageant, mais ce n’est pas l’effet que nous cherchons : nous sommes d’avis que plus les citoyens auront une perception exacte de ce que sont les pêches aujourd’hui, plus cela leur permettra d’agir en conscience. C’est le plus important à nos yeux.

[1] Jacquet and Pauly (2008) Funding priorities: big barriers to small-scale fisheries. Conservation Biology 22(4): 832-835.
[2] Vermeulen SJ et al. (2012) Climate change and food systems. Annual Review of Environment and Resources 37(1): 195-222.
[3] http://www.reporterre.net/Climat-l-agriculture-est-la-source
[4] PM Cury et al. (2011) Global seabird response to forage fish depletion – one-third for the birds. Science 334: 1703-1706.
[5] http://www.bloomassociation.org/desinformation-inquietante-au-coeur-des-institutions/

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