Mieux consommer

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Qu’est-ce que la « pêche durable » ? La « page consommation » compte parmi les plus consultées de notre site internet. La question : « que puis-je faire en tant que citoyen / consomm’acteur ? » nous est quant à elle très souvent posée. Pas de doute : cela témoigne de votre envie d’agir face aux constats souvent inquiétants sur l’état de santé de l’océan. Cette envie de faire bouger les choses est extrêmement encourageante. Nous proposons donc sur cette page quelques outils pour consommer de manière plus informée.

Ici, vous ne trouverez pas de guide d’espèces à consommer / à éviter. Ceux-ci peuvent être utiles pour rayer de sa liste de courses certains poissons dont la pêche ne peut pas être durable ou dont les stocks sont au plus bas. C’est le cas, entre-autres, des requins et des espèces profondes : lingue bleue, sabre noir, grenadier de roche, hoki, empereur, sébaste etc. dont les traits de vie (croissance, reproduction, longévité, …) les rendent très vulnérables à la pêche.

En revanche, ces guides sont plus ou moins fiables pour leurs « listes vertes » ou leurs « listes jaunes ». Ils sont difficiles à maintenir à jour car les évaluations changent chaque année et varient selon les zones.

Étal d'un poissonnier (© BLOOM)

Étal d’un poissonnier (© BLOOM)

De plus, suggérer qu’il est possible d’enrayer la surpêche d’une espèce seulement en reportant la consommation sur d’autres espèces est simpliste. Cela nous éloigne de la vraie urgence : repenser notre consommation de poisson et orienter celle-ci vers les méthodes de pêche les plus vertueuses.

Ce que BLOOM propose

Nous sommes d’avis que le bon sens dicte l’adoption d’une approche plus précautionneuse consistant à :

  1. Réduire notre consommation de poisson ;
  2. Choisir des méthodes de pêche vertueuses ;
  3. Diversifier notre assiette ;
  4. Se méfier des labels.

 1 – Réduire notre consommation de poisson

Pour les habitants des pays développés dont la survie ne dépend pas des protéines animales, réduire leur part dans notre alimentation reste l’une des solutions les plus efficaces. Elle est à la portée de tout citoyen. Attention toutefois à ne pas remplacer ce poisson par de la viande qui, en plus d’être une des causes majeures du réchauffement climatique,[1] contribue également à la surexploitation mondiale de certaines espèces de poisson. En effet, environ 20% des poissons pêchés dans le monde sont du « poisson fourrage », c’est-à-dire de la nourriture pour les poissons d’élevage (notamment le saumon), le bétail et les animaux domestiques. Cette pêche a également des effets très négatifs sur les populations d’oiseaux marins, de cétacés et de poissons carnivores (ceux que nous désirons le plus).

➤ Consultez notre dossier sur la pêche minotière

 2 – Choisir des méthodes de pêche vertueuses

Choisir son poisson en s’informant de la méthode de pêche utilisée permet de s’assurer qu’il n’a pas engendré d’importantes captures d’espèces accessoires ni la destruction d’habitats marins. Le poisson de ligne est plus cher, mais il est de bien meilleure qualité. Il n’a pas été écrasé dans le fond du chalut ni été stocké à bord du bateau pendant plusieurs jours. Les poissons constituent une ressource sauvage : en manger moins mais mieux le valoriser est crucial.

➤ Consultez notre infographie sur les méthodes de pêche

Guide engins pour pêche durable

Bonus : en privilégiant les méthodes de pêche les plus vertueuses, vous choisissez également une pêche (généralement) plus artisanale

Notre vision d’avenir pour la pêche est un modèle qui maximiserait les bénéfices sociaux et limiterait les impacts environnementaux. C’est globalement la pêche artisanale qui remplit actuellement le mieux ces critères :[2]

    1. La pêche artisanale emploie 12 millions de personnes dans le monde, la pêche industrielle un demi-million ;
    2. La pêche artisanale produit autant de captures pour la consommation humaine que la pêche industrielle en utilisant un huitième du carburant brûlé par la grande pêche ;
    3. La petite pêche utilise généralement des méthodes de pêche plus sélectives et rejette moins de poissons (en meilleur état). La majorité des captures est utilisée pour la consommation humaine ;
    4. Les pêches industrielles rejettent environ 10 millions de tonnes de poissons par an, le plus souvent morts ;[3]
    5. En outre, elles capturent environ 20 millions de tonnes de poissons qui sont transformées en farines animales pour les élevages. Pourtant, 90% de ces poissons pourraient être directement consommés par les humains ;[4]
    6. Au niveau mondial, un pêcheur industriel reçoit en moyenne 187 fois plus de subventions au gasoil par an qu’un pêcheur artisan bien que ceux-ci pêchent quatre fois plus de poissons par litre de fioul utilisé. Au total, les pêcheries industrielles reçoivent 80% des subventions publiques.[5]

    « Cet avantage donné aux pêches industrielles est injuste et aurait mené dans n’importe quel autre secteur d’activités à une rébellion des individus concernés, mais la plupart des pêcheurs artisans se trouvent dans des pays en voie de développement et n’ont presque pas d’influence politique » commente la chercheuse Jennifer Jacquet.

    ➤ Consultez notre infographie sur la filière de la pêche en France

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     3 – Diversifier notre assiette

    Saumon d’élevage, crevettes tropicales et cabillauds : voici les trois espèces que l’on retrouve le plus sur les étals des poissonniers. Tentez l’aventure avec du merlu, tacaud, merlan bleu, anchois ou sardine. Ces poissons sont très peu valorisés mais pourtant très bons (ce sont en général les poissons réduits en farine pour l’alimentation des filières d’élevage). Ce faisant, vous diminuerez la pression sur les autres espèces commercialisées.

  1. 4 – Se méfier des écolabels de « pêche durable »

    Pour BLOOM, aucun label existant de « pêche durable » ne garantit que le poisson certifié est effectivement « durable ». Nous ne vous conseillerons donc pas de vous en remettre aveuglément aux labels et à la certification (dont le fonctionnement même tend à privilégier les flottes de pêches industrielles), car il existe beaucoup trop d’exemple de pêcheries certifiées durables « au rabais » par les principaux écolabels (MSC, FOS, Pavillon France) pour s’en remettre à leur seul jugement.

    Certains labels spécifiques peuvent en revanche être utiles pour identifier du « bar de ligne » ou des « huîtres traditionnelles ».

    ➤ Consultez notre page sur les « labels trompeurs »

    En résumé

    Parler de pêche « durable » est délicat car les définitions ne sont pas les mêmes pour tous les acteurs.

    Malheureusement, l’industrie de la pêche — dernière activité de prélèvement de ressources sauvages — a en quelques années développé des techniques d’extraction intensives qui ne sont pas du tout à la mesure de la vulnérabilité des espèces ciblées et des écosystèmes impactés. C’est l’exemple du chalutage profond que nous avons fait interdire en Europe, mais aussi de la pêche électrique, qui se développe à vitesse grand V en Mer du Nord. Ces pratiques paraîtraient totalement aberrantes si elles étaient perpétrées à terre.

  2. Notre message peut donc sembler décourageant car trop complexe, mais ce n’est pas l’effet que nous cherchons. Nous souhaitons susciter une réflexion autour de constats : déclin des captures mondiales depuis les années 90 malgré une puissance de pêche qui augmente, essor d’un type d’aquaculture peu durable, inégalités Nord-Sud dans l’accès aux protéines animales etc. Nous pensons que plus les citoyens auront une perception exacte de ce que sont les pêches aujourd’hui, plus cela leur permettra d’agir en conscience
  3. Références

    [1] Vermeulen SJ et al. (2012) Climate change and food systems. Annual Review of Environment and Resources 37(1): 195-222.
    [2] Jacquet and Pauly (2008) Funding priorities: big barriers to small-scale fisheries. Conservation Biology 22(4): 832-835.
    [3] Zeller et al. (2017) Global marine fisheries discards: a synthesis of reconstructed data. Fish and Fisheries. doi:10.1111/faf.12233.
    [4] Cashion et al. (2017) Most fish destined for fishmeal production are food-grade fish. Fish and Fisheries.
    [5] Schuhbauer et al. (2017) How subsidies affect the economic viability of small-scale fisheries. Marine Policy 82: 114-121.

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