Les labels trompeurs

Partager :

Les labels ont le vent en poupe au rayon poissonnerie. En à peine dix ans, une vingtaine de logos a envahi le marché français. Pourtant, notre recul sur d’autres secteurs certifiés (agroalimentaire, bois etc.) montre que ces labels ne sont pas toujours aussi vertueux que leur marketing le laisse entendre.

Depuis plusieurs années, BLOOM a identifié ce problème comme une barrière à l’évolution de la pêche vers des pratiques génératrices d’emplois, respectueuses de l’environnement, et éthiques. Nous avons contribué à des consultations publiques, co-signé des études scientifiques, objecté à des certifications douteuses.

Sur cette page, nous vous proposons un résumé de ce combat de tous les jours.

Tout le poisson labellisé n’est pas « durable »

Au-delà de la confusion créée par le grand nombre de labels présent sur la marché, le problème vient surtout du manque de sérieux de la plupart de ces initiatives qui induisent le consommateur en erreur en attribuant à certains produits des qualités qu’ils n’ont pas :[1] certains logos — souvent créés par les marques elles-mêmes — sont totalement opaques. Il est donc impossible d’en évaluer la fiabilité.

Aucun contrôle des labels avant mise sur le marché

Bien qu’il existe quelques standards internationaux liés à la certification des produits de la mer,[2], [3] il ne semble y avoir aucun recours réel automatique contre les certifications abusives ou contre une entreprise qui décide de qualifier ses propres produits comme étant issus d’une «pêche durable» sans contrôle externe. Pour l’acheteur non averti : impossible de faire la distinction entre les macarons vides de sens et un écolabel vertueux.

En 2012, BLOOM avait porté plainte contre Intermarché pour avoir déployé une campagne publicitaire utilisant le label « pêche responsable » et affirmant au consommateur qu’il pouvait « savourer sans l’ombre d’un doute et pour longtemps encore ! » des poissons pourtant issus de pratiques de pêche dénoncées par les chercheurs, les ONG et l’opinion publique comme parmi les plus destructrices au monde. Le Jury de Déontologie Publicitaire avait donné raison à BLOOM et fait interdire cette publicité mensongère.

Le label « pêche responsable »

Le label « pêche responsable » est attribué par Bureau Veritas selon un cahier des charges privé. Impossible donc de savoir de quoi cette « pêche responsable » retourne…

Utilisé, entre-autres, par Intermarché, ce label faisait état de pratiques vertueuses incluant le respect des ressources naturelles et de l’environnement ainsi que la protection de la faune marine.

Vous avez dit « durable »?

Même lorsque les labels font preuve d’un minimum de transparence et de rigueur, ceux-ci ne sont pas forcément garant d’une « pêche durable ». Le Marine Stewardship Council (MSC) en est le parfait exemple.

Le label « MSC »

En situation de quasi-monopole,[4] il a déjà certifié comme « durables » de nombreuses pêcheries en dépit de la science.[5],[6] Aujourd’hui, le MSC signe des partenariats avec des géants de la consommation comme Carrefour et McDonald, qui s’engagent à un approvisionnement « 100% durable ». Ces objectifs de parts de marché rendent impossible l’identification d’alternatives réellement durables et ne laisse pas la place à de nouveaux labels plus vertueux. De plus, cette stratégie pousse le MSC à diluer son cahier des charges pour « faire du chiffre », à l’opposé de sa vision d’un « océan regorgeant de vie ».

Malgré une volonté affichée de transparence et de participation de ses parties prenantes, le MSC reste sourd aux critiques. Une étude avait montré en 2013 que sur 19 objections (payantes) formelles de parties prenantes, seule une avait porté ses fruits (soit 5,3%).[7] Une mise-à-jour de 2015 — réalisée par le MSC — faisait très légèrement augmenter ce ratio, avec une deuxième objections ayant obtenu gain de cause sur 31 déposées (soit 6,4%).[8]

Depuis plusieurs années, BLOOM est très critique envers le MSC. L’association a co-écrit une publication scientifique mais également participé à plusieurs consultations publiques  (en anglais) :

BLOOM s’est également portée partie prenante à l’évaluation de plusieurs pêcheries controversées pour empêcher leur certification. Ainsi, nous avons réagi lors de l’évaluation des pêcheries suivantes :

En juin 2016, Frédéric Le Manach a également intégré le Conseil des parties prenantes du MSC. En juin 2017, celui-ci a cependant été dissout et remplacé par un nouveau plus restreint, dont les membres ont été choisis par… le conseil d’administration du MSC !

Depuis le 31 août 2017, BLOOM participe à la campagne internationale On The Hook, dont le but est d’empêcher le renouvellement du certificat de la plus grande pêcherie thonière mondiale.

Les écolabels publics sont-ils une solution ?

Les écolabels sont traditionnellement issus d’initiatives privées, dont le credo est d’utiliser le marché pour inciter consommateurs et distributeurs à choisir des produits « durables ». Ces initiatives se sont développées de manière totalement indépendante des institutions publiques, mais leur prolifération inquiète depuis quelque temps déjà. Actuellement, seuls l’Islande et les États-Unis (en Alaska), deux importants pays pêcheurs, disposent de programmes de certification publics pour les produits de la mer. En France, l’écolabel « Pêche durable » vient d’émerger (porté par FranceAgriMer) avec un cahier des charges peu contraignant. Ce label ne constitue pas, pour l’instant, un garde-fou suffisant contre les pratiques destructrices ou peu éthiques comme le chalutage profond, la pêche minotière, la pêche électrique ou encore la senne danoise. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la page 11 de son cahier des charges : « Un impact est jugé faible dès lors que celui-ci n’affecte pas l’habitat de manière irréversible« .

La Commission européenne discute depuis de nombreuses années de l’instauration d’un écolabel public ou de critères minimaux pour les écolabels existants, avec peu de résultats jusqu’à présent. Sur ce sujet, BLOOM avait contribué à la consultation publique : « Un écolabel européen pour les produits de l’aquaculture et de la pêche ?” et avait recommandé de plutôt opter pour des critères minimaux.

Références

[1] Czarnezki (2014) Greenwashing and self-declared seafood ecolabels. Tul. Envtl. L.J. 28: 37-52.

[2] Codes de bonnes pratiques ISEAL: http://www.isealalliance.org/our-work/defining-credibility/codes-of-good-practice; Standards ISO: http://www.iso.org/iso/home/standards.htm

[3] FAO (2009) Guidelines for the ecolabelling of fish and fishery products from marine capture fisheries. Food and Agriculture Organization of the United Nations, Rome (Italy). 108 p.

[4] Le MSC déclare certifier 10% des pêcheries mondiales: https://www.msc.org/global-impacts/key-facts-about-msc

[5] Christian, et al. (2013) A review of formal objections to Marine Stewardship Council fisheries certifications. Biological Conservation 161: 10-17.

[6] Hadjimichael and Hegland (2016) Really sustainable? Inherent risks of eco-labeling in fisheries. Fisheries Research 174: 129-135.

[7] Christian, et al. (2013) A review of formal objections to Marine Stewardship Council fisheries certifications. Biological Conservation 161: 10-17.

[8] Brown et al. (2016) On the road to fisheries certification: The value of the Objections Procedure in achieving the MSC sustainability standard. Fisheries Research 182: 136-148.

[9] Intermarché s’est engagé à cesser ses activités de pêche en eaux profondes et donc à retirer la pêcherie de l’évaluation.

Partager :