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Pêche électrique : les pêcheurs artisans trahis ?

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Alors que le trilogue européen qui doit décider du sort de la pêche électrique en Europe n’a pas encore statué sur l’interdiction de cette méthode de pêche destructrice, les industriels néerlandais viennent aujourd’hui à Paris[1] rencontrer les représentants nationaux des pêcheurs français (le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins — CNPMEM) sans que les pêcheurs artisans français, directement impactés par la pêche électrique, ne soient conviés.

Le pire est à craindre car le lobby de la pêche industrielle néerlandaise VisNed a procédé de façon identique au Royaume-Uni pour obtenir des accords permettant le maintien de la pêche électrique dans des zones dédiées. L’accord conclu à la hâte en décembre 2017 entre VisNed et la NFFO (National Federation of Fishermen’s Organisations) a été dénoncé par les pêcheurs britanniques qui, malgré les engagements publics de la NFFO, n’ont pas été conviés à la réunion qui allait décider de leur sort et qui s’est tenue l’avant-veille de Noël 2017 de façon secrète et précipitée avant le vote du Parlement européen (le 16 janvier 2018, le Parlement européen prenait en effet position pour une interdiction totale et définitive de la pêche électrique en Europe). Les pêcheurs britanniques sont furieux de cet accord illégitime et ont accusé la NFFO de ne représenter que les intérêts des industriels, notamment étrangers. En France, les tensions entre les « représentants » des pêcheurs et les pêcheurs artisans sont identiques, les derniers accusant les premiers de ne les défendre qu’en façade mais de trahir leurs intérêts dans la pratique.

De fait, les pêcheurs artisans des Hauts de France qui subissent les conséquences de la pêche électrique ont de bonnes raisons de s’inquiéter de cette réunion car la position du Comité National des Pêches s’est radicalement transformée entre 2014 et 2018. Il y a quatre ans, le Comité National des Pêches allait jusqu’à jouer au « lanceur d’alerte » dans un communiqué dans lequel il « réaffirme fermement son opposition à l’utilisation du chalut électrique et attend avec impatience la prise de position des ONG pour l’aider dans ce combat écologique ».[2] Or la veille du vote du Parlement européen, en janvier 2018, le Comité National des Pêches a écrit aux députés pour les encourager à voter pour une extension de la pêche électrique dans toutes les eaux européennes et une autorisation illimitée en mer du Nord dans les quatre années à venir si aucun effet négatif n’était prouvé !

Rappelons que de nombreux armements industriels français ont été rachetés par les Néerlandais, notamment Parlevliet & Van der Plas ou Cornelis Vrolijk.[3] Ces derniers se montrent particulièrement enthousiastes à propos de la pêche électrique à laquelle ils ont converti l’ensemble de leur flotte chalutière.[4] Ils ne semblent pas vouloir abandonner aussi facilement la possibilité d’utiliser le courant électrique au sein des armements français qu’ils ont rachetés (notamment Dhellemmes à Concarneau). Comme l’avait rappelé le député LREM Jean-Pierre Pont, les industriels néerlandais « disposent d’un certain nombre de moyens de pression : quotas de pêche, construction de bateaux, capitaux hollandais dans les armements français… ».[5]
Excédée par les manœuvres cachées au sein des instances professionnelles de la pêche en France, Claire Nouvian prévenait : « Il est temps que les masques tombent et que ceux qui œuvrent au sein du Comité national des pêches en faveur des industriels néerlandais prennent leurs responsabilités et affichent leur position publiquement. Ils devront s’en expliquer aux Français, farouchement opposés à la pêche électrique et inquiets du sort des pêcheurs artisans ». Interrogée par l’émission C Politique dimanche 29 avril sur France 5, la présidente de BLOOM alertait l’opinion publique sur le fait que les pêcheurs artisans étaient souvent trahis par leurs représentants.[6]

« Tant que le Comité des pêches joue ce double jeu dangereux, les négociations européennes ne pourront aboutir à l’interdiction de la pêche électrique. Le 6 mars 2018, l’Assemblée nationale a pris une position claire et unanime contre cette méthode de pêche, mais le gouvernement français suit la même stratégie que le Comité des pêches : malgré un affichage allant dans le sens de l’opinion publique, rien n’est mis en œuvre pour gagner l’interdiction définitive de la pêche électrique en Europe. Ce sont encore les industriels qui tirent les ficelles cachées de la décision politique. Personne n’est dupe » affirmait Claire Nouvian, « mais il faut que cela cesse. »

Pour en savoir plus

> Le 21 mars dernier, le Président Emmanuel Macron avait exposé la position française en faveur d’une interdiction totale de la pêche électrique devant le Premier Ministre néerlandais Mark Rutte et invité la flotte de pêche néerlandaise à stopper cette technique et à se reconvertir vers des méthodes de pêche durable.

> Le 16 avril 2018 BLOOM a porté une seconde fois plainte contre les Pays-Bas auprès de la Commission européenne pour non-communication de la liste des bénéficiaires d’aides publiques allouées à ses flottes entre 2007 et 2014.

> Retrouvez notre document de plaidoyer (en anglais) contre la pêche électrique

Notes et références

[1] Voir la newsletter de VisNed du 11 avril 2018

[2] Voir le CP datant du 13 mars 2014

[3] Le groupe néerlandais Parlevliet & Van der Plas a racheté ou pris des parts dans certains fleurons de la pêche industrielle française comme les armements Euronor, la Compagnie des Pêches de Saint-Malo, la Compagnie Française du Thon Océanique… De son côté, le groupe Cornelis Vrolijk a fait de même dans les armements Dhellemmes et France Pélagique.

[4] www.cornelisvrolijk.eu/Innovation

[5] Voir le Compte-rendu de la 1ère séance du 6 mars 2018

[6] L’interview de Claire Nouvian est disponible à : www.youtube.com/watch?v=uUA7NJtILT0, la partie sur la pêche électrique commençant à 36 min19s.

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