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Le marchand de sable ne nous endort plus

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Le sable est omniprésent dans notre quotidien. Comme le rappelle l’excellent reportage diffusé sur Arte « Le sable : enquête sur une disparition »,[1] les grains de sable se sont insinués dans les moindres interstices de notre société de consommation : lessives, dentifrices, cosmétiques, verre, micro-processeurs ou béton, ce sont chaque année quelques 15 milliards de tonnes de sable qui disparaissent au profit de l’industrie.

Le plus gros consommateur est de très loin le secteur de la construction via le béton : une maison individuelle ne repose « que » sur 200 tonnes de sable, mais un kilomètre d’autoroute en nécessite près de 30 000 et une centrale nucléaire 12 millions. Les Etats sont donc, de très loin, les plus gros consommateurs de sable.

Quel est le problème, vous direz nous ? Du sable, il y en a partout, regardez le Sahara. Et bien non, tout le problème est là. Le sable « aérien» que l’on trouve sur Terre à profusion n’est pas utilisable pour les constructions en béton, car il ne s’agrège pas (les grains sont ronds). Le sable que nous utilisons provient donc principalement de l’océan, maintenant que les carrières terrestres de sable ont été épuisées. Le problème se profile à l’horizon : l’érosion des plages et la destruction de la biodiversité.

Erosion des plages

Extraction du sable

Le sable est récolté soit directement sur les plages, soit au large à l’aide d’énormes barges qui aspirent le fond des océans à l’aide de dragues.

Une dragueuse de sable © Arte

Une dragueuse de sable © Arte

Dans les deux cas, de cette extraction résulte une érosion drastique des plages : par gravité ou avec le jeu des vents et marées, les trous se rebouchent et le niveau du sable baisse progressivement. Si nous voulons garder des plages de sable, nous devons donc endiguer les côtes et ramener du sable pour renflouer le stock. Ces opérations coûtent des milliards d’euros aux contribuables et ne sont, au mieux, qu’un pansement temporaire. Nous ne pouvons pas lutter contre la puissance de l’océan, quels que soient les moyens humains, technologiques et financiers mis en œuvre.

Urbanisation

Les plages évoluent au fil des saisons pour résister aux assauts répétés des vagues et du vent. Leur érosion est donc aggravée par le bétonnage constant des côtes. Il y aurait aujourd’hui 70-80% des plages qui seraient en recul au niveau mondial.

Apport de sable naturel coupé

Notre appétit pour le sable ne cesse de croitre. Malheureusement, en plus de vider l’océan de cette ressource, nous en avons également coupé son approvisionnement. Dans le monde, près de 850 000 barrages empêchent le sable produit depuis les massifs montagneux tout au long des cours d’eau d’arriver à la mer. Celui-ci sédimente au niveau des lacs de barrages ou, quand il arrive à passer, est récolté sur le lit des rivières.

Vous l’aurez compris, nous allons au devant d’un gros problème. Un manque de sable voudra dire moins de construction en béton (est-ce un mal ?), mais surtout moins de micro-processeurs ou de tourisme sur les plages. Toute notre civilisation est donc sur le fil. Cependant, il y a aussi des conséquences environnementales dramatiques à l’extraction de sable. France incluse.

Effets sur les écosystèmes et la pêche

En avril 2015, le gouvernement autorisait l’extraction de sable dans la Baie de Lannion, à la limite de la zone Natura2000 des Sept Iles (dans laquelle la pêche au chalut est interdite).

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La zone Natura 2000 « Côte de Granit Rose – Sept-Iles » et la zone d’extraction de sable autorisée par le décret de septembre 2014.

Le décret d’application a quant à lui été signé le 14 septembre 2015,[2] malgré une forte mobilisation citoyenne (voir l’action du Peuple des Dunes : http://peupledesdunesentregor.com) et le soutien de nombreux décideurs politiques, comme le Député européen et Président du Département des Côtes d’Armor Alain Cadec.[3] Cette exploitation menace les plages de la Côte de Granit Rose, mais aussi son écosystème marin et ses riches colonies d’oiseaux marins et ses pêcheurs.

Les Sept Iles sont mondialement connues pour ses colonies de fous de Bassan, macareux moines et autres pingouins torda. Ces espèces dépendent de poissons vivant sur le banc de sable, notamment le lançon, que ce décret autorise précisément à piller.

Macareux moine retournant au nid avec des lançons.

Macareux moine retournant au nid avec des lançons.

Ce banc de sable, comme le souligne M. Cadec, est également un lieu de reproduction pour de nombreux espèces de poissons, comme le bar et le lieu. C’est donc tout le secteur de la pêche artisanale locale qui est également menacé par cette exploitation de sable.

Il est temps que les décideurs politiques entendent la voix du peuple et que le problème de la surexploitation du sable soit enfin pris à bras le corps. Le court-termisme éléctoral et économique ne peut plus prendre le dessus sur la préservation de la biodiversité et des emplois locaux.

Si vous êtes dans le coin, rendez-vous samedi 17 octobre à 10h30 devant la Préfecture de Quimper. Dans tous les cas, vous pouvez continuer de gonfler les rangs des contestataires en signant la pétition.

[1] Disponible en VOD à l’adresse suivante : www.arte.tv/guide/fr/046598-000/le-sable-enquete-sur-une-disparition.

[2] www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2015/9/14/EINL1511827D/jo.

[3] www.alain-cadec.org/?p=439.

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