Partager

L’argent public doit protéger l’océan, pas le détruire

Partager :

Lundi prochain, la première Conférence des Nations Unies sur l’océan [1] est organisée à New York dans le but d’accélérer la mise en œuvre de l’ODD 14 [2] – l’objectif de développement durable de l’océan adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015 (avec 16 autres objectifs de développement durable) [3]. BLOOM y participera pour appuyer un point crucial à l’ordre du jour : l’élimination des subventions nocives alimentant la surpêche dans le monde.

La conférence débute lundi 5 juin, journée mondiale de l’environnement, et devrait conclure son travail de fond le 8 juin, journée mondiale de l’océan. Des milliers de participants, de chefs d’État et de ministres se réuniront à New York pour adopter un « Call for Action » (appel à l’action) [4] précisant les modalités et objectifs de l’ODD 14. Les ONG, le secteur privé, les universitaires et les représentants des gouvernements devraient également réviser les « initiatives de partenariat » existantes et en créer de nouvelles en faveur de la conservation de l’océan.

« La conférence des Nations Unies sur l’océan a lieu à un moment critique » déclare Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM, « car l’Objectif de développement durable « océan », le n° 14, dicte d’avoir éliminé, d’ici à 2020, les subventions de pêche nocives qui contribuent à la surcapacité de pêche et à la surexploitation ainsi qu’à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée ». La réunion onusienne se déroule également six mois avant la Conférence Ministérielle de décembre 2017 de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui discutera de l’élimination des subventions nocives. « L’effondrement des populations de poissons et la dégradation de la biodiversité marine mettent en péril les communautés littorales et la sécurité alimentaire dans le monde entier. La pêche ne sera jamais durable sans que les subventions nocives ne soient éliminées et la surpêche endiguée. L’argent des contribuables doit impérativement soutenir la santé de l’océan et des communautés humaines », conclut Claire Nouvian.

Environ 18 milliards de dollars sont alloués annuellement par les gouvernements du monde entier pour financer des activités qui contreviennent à l’objectif de développement durable des océans (n°14). Les subventions nocives comprennent par exemple les aides au carburant pour les flottes de pêche hauturières, les incitations à la construction de navires de pêche industrielle alors que les ressources sont en situation de déclin chronique, le financement d’engins de pêche à fort impact qui détruisent les habitats marins critiques etc.

L’ODD 14 identifie l’Organisation Mondiale du Commerce comme la structure internationale la plus adaptée pour éliminer les subventions nocives (ODD 14.6). L’OMC ne se réunit en conférence ministérielle qu’une fois tous les deux ans. La semaine prochaine, BLOOM rappellera ainsi aux gouvernements et défenseurs des océans que la réunion de l’OMC de décembre 2017 à Buenos Aires est la seule façon pour la communauté internationale de mettre en œuvre l’engagement d’éliminer les subventions nocives « d’ici à 2020 », étant donné que la prochaine réunion de l’OMC ne se tiendra qu’à la fin de 2019.

« Nous sommes évidemment inquiets du contexte dans lequel s’inscrivent cette première Conférence des Nations Unies sur l’océan et les négociations de l’OMC en raison des coups de boutoir répétés que l’administration Trump porte au principe même du multilatéralisme de façon à l’ébranler profondément. Les problèmes liés aux océans ne font pas exception à cette diplomatie du lance-flammes » expliquait Claire Nouvian. Le président Trump veut ainsi « revoir l’impact sur les emplois » des aires marines protégées établies par les présidents Bush et Obama[5]. Au cours des consultations qui ont récemment eu lieu à l’ONU pour rédiger l’appel à l’action qui sera finalisé à la Conférence Océan de la semaine prochaine, l’administration américaine s’est ainsi opposée, avec la Russie, à la référence à l’OMC d’agir « sans plus tarder » à l’élimination des subventions néfastes à la pêche.

« La mise en œuvre de l’objectif de développement durable de l’océan est essentielle à la conservation marine, à la croissance socio-économique et au développement durable dans son ensemble », a déclaré Rémi Parmentier, analyste politique et stratégique, directeur du Groupe Varda qui travaille avec BLOOM sur le sujet des subventions nocives « parce que l’océan est l’origine et la base de toute la vie sur notre planète bleue ». Rémi Parmentier suit les négociations onusiennes depuis de nombreuses années et souligne pourquoi il est si important que l’argent des contribuables soit utilisé pour protéger l’océan, et non le détruire : « un souffle d’air sur deux que nous inhalons provient de l’océan. Celui-ci fournit de la nourriture et des moyens de subsistance à un milliard de personnes ».

***

Parallèlement à la négociation diplomatique sur la mise en œuvre de l’ODD 14, la Conférence des Nations Unies sur l’océan a également lancé une initiative d’engagement volontaire pour inciter toutes les parties prenantes, gouvernements compris, à s’engager dans des actions concrètes de mise en œuvre de l’ODD 14.

La Deep Sea Conservation Coalition, dont BLOOM est membre, a soumis un « engagement volontaire » consistant à collaborer avec les États et les organisations régionales de gestion des pêches pour que, d’ici 2020, toutes les espèces, les écosystèmes et les zones profondes soient conservés et entièrement protégés contre les impacts négatifs importants causés par la pêche profonde en haute mer.

BLOOM est également signataire d’une déclaration de l’ONG Seas At Risk [6] qui attire l’attention des dirigeants politiques sur un sujet majeur : l’exploitation minière dans les profondeurs marines. Par ailleurs, Seas At Risk s’est engagé volontairement [7] à « sensibiliser les gens à des solutions alternatives et durables à l’exploitation minière en profondeur ».

[1] https://oceanconference.un.org/
[2] https://sustainabledevelopment.un.org/sdg14
[3] http://www.un.org/sustainabledevelopment/oceans/
[4] https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/15259Final_Draft_Call_for_Action_PGA_Letter.pdf
[5] https://www.undercurrentnews.com/2017/04/26/trump-to-sign-executive-order-to-review-marine-protected-areas/?utm_content=buffer8fccf&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer
[6] http://www.bloomassociation.org/developpement-durable-sans-exploitation-miniere-profonde
[7] https://oceanconference.un.org/commitments/?id=16974

Partager :