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Des députés PS proposent un étiquetage spécifique pour les poissons profonds

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Révéler les coûts cachés associés aux poissons profonds, issus de méthodes de pêche extrêmement destructrices et générant la capture d’espèces menacées d’extinction, tel est l’objet d’un amendement déposé par une dizaine de députés socialistes dans le cadre du projet de loi sur la consommation, en discussion à l’Assemblée Nationale aujourd’hui.

 

Une dizaine de députés socialistes ont déposé un amendement visant à informer le consommateur sur les prix environnementaux cachés de certains produits de la mer. L’amendement propose ainsi que « les produits de la mer issus de la pêche en eau profonde portent la mention “a engendré la capture d’espèces menacées.“ »[1]

 

Pour trois espèces principalement ciblées (grenadier, lingue bleue, sabre noir), la pêche profonde au chalut (de grands filets lestés et tirés sur le fond) mène au sacrifice de plus de 100 autres espèces en raison de son absence de sélectivité. Des coraux plurimillénaires sont ainsi labourés par les filets de pêche mais la la destruction des écosystèmes marins fragiles des grandes profondeurs n’est pas le seul problème de cette pêche au chalut de fond : elle engendre également la capture de créatures aussi menacées que les rhinocéros. C’est sur cet aspect spécifique que porte la mesure proposée par les députés PS, en tête desquels Géneviève Gaillard et Philippe Plisson.

 

« Certaines pêches sont mises en cause en raison de la destructivité des engins de pêche utilisés mais aussi de l’impact qu’elles ont sur certaines espèces vulnérables et déjà menacées d’extinction. Les pêches réalisées en eau profonde entrent dans cette catégorie » précise l’exposé des motifs justifiant l’amendement proposé. « En France, les espèces d’eau profonde sont très majoritairement issues de pêches mixtes réalisées à l’aide de chaluts de fond, qui ne permettent pas la sélectivité. (…) La question des espèces menacées se pose indépendamment des débats sur la sélectivité des engins de pêche et l’acceptabilité sociétale et écologique des rejets, car les consommateurs sont en droit de savoir si la pêche du poisson qu’ils consomment a entrainé la capture d’espèces menacées d’extinction. (…) Considérant l’état critique des espèces marines décrites ci-dessus, et le fait que celles-ci continuent à être capturées par les navires de pêche en eau profonde, il apparaît nécessaire de proposer aux consommateurs de pouvoir acheter les produits des pêches en connaissance de cause des conséquences écologiques qui y sont associées. »

 

 

Une pratique de pêche détruisant le bien commun de l’humanité, dénuée de sens et de viabilité économique et coûteuse pour les contribuables.

 

En France, seuls neuf navires sont concernés par la pêche au chalut en eau profonde, soit 0,1% de la flotte française. La Scapêche (Intermarché) représente jusqu’à 85% du total des captures d’espèces profondes. Euronor 9%, Dhellemmes 4,5%. Les emplois directs de l’activité pêche profonde en France sont compris entre 44 et 112 marins (équivalent temps plein), soit 0,2 à 0,5% des marins français. De 2004 à 2011, la Scapêche (flotte Intermarché) a bénéficié de quatre types de subventions pour un montant total de 9,34 M €. En dépit de près de 10 millions d’euros de subventions perçues entre 2002 et 2011 et 20 millions d’euros injectés par le groupe Intermarché, la Scapêche a accumulé plus de 19 millions d’euros de pertes courantes.

 

BLOOM a lancé le 17 juin dernier une pétition pour interpeller François Hollande sur le sort réservé aux océans profonds par les navires de pêche français. BLOOM a posté aussi sur son site une déclaration de soutien signée par plus de 266 chercheurs français et internationaux en faveur de l’interdiction du chalutage profond. Les institutions de l’Union européenne doivent bientôt se prononcer sur la mise en conformité du droit communautaire avec les mesures adoptées au niveau international. La Commission européenne a également proposé l’interdiction des méthodes de pêche les plus destructrices des grandes profondeurs océaniques : le chalutage profond et les filets maillants de fond, déjà partiellement interdits en Europe et dans d’autres parties du monde.

 

Pour consulter l’amendement, les motifs exposés et la liste de ,

http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/1156/AN/661.asp

Pour en savoir plus sur la pêche profonde

Une pétition et la mobilisation de centaines de chercheurs pour rappeler à François Hollande d’honorer ses engagements (communiqué BLOOM du 17 juin)

Retrouvez le classement de BLOOM des supermarchés

Pour voir la conférence TEDx de Claire Nouvian au sujet de la pêche profonde

Pour connaître le bilan de la flotte profonde d’Intermarché

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