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AUCHAN « SUSPEND » LA COMMERCIALISATION D’ESPECES PROFONDES

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Par un courrier adressé à BLOOM et un communiqué publié sur son site, le groupe AUCHAN a annoncé le 20 décembre 2013 la « suspension » de la commercialisation des trois principales espèces profondes que sont la lingue bleue, le sabre noir et le grenadier de roche.

BLOOM accueille avec enthousiasme cette décision importante mais regrette cependant qu’AUCHAN n’ait pas décidé de cesser définitivement l’approvisionnement en poissons issus des pêches chalutières de grands fonds, reconnues comme les plus destructrices du monde.

 

BLOOM s’inquiète de lire dans la communication d’AUCHAN qu’il n’existe pas de « consensus scientifique » vis-à-vis des pêcheries profondes.

 

AUCHAN cite des publications de l’Ifremer ou du CIEM qui assureraient que « les espèces pêchées dans les grands fonds ne sont pas menacées » ou que « l’exploitation des stocks issus de cette pêche se trouve aujourd’hui à un niveau soutenable » or rien de tel n’existe, au contraire, les avis comme les publications convergent pour sonner l’alarme :

 

  • Les rares stocks (au nombre de trois) pour lesquels le CIEM note une amélioration ne peuvent être isolés des autres stocks d’eaux profondes qui se trouvent soit dans un état inconnu (au nombre de 26) soit dans un état effondré ou en cours d’épuisement (au nombre de 21). Cette dernière catégorie comprend des espèces en danger critique d’extinction.
  • Le directeur général adjoint de l’Ifremer a d’ailleurs rappelé, lors de la table ronde sur les pêches profondes qui s’est tenue à l’Assemblée nationale le 26 novembre 2013 que pour ces trois stocks, nous étions « conduits » vers la durabilité à « un horizon indéterminé », ce qui est nettement moins optimiste que d’affirmer avoir déjà atteint un niveau soutenable. Philippe Cury de l’IRD a précisé à ce propos que ces trois stocks d’eaux profondes ne faisaient l’objet d’aucune évaluation scientifique indépendante et que les estimations de biomasse étaient uniquement basées sur les données de capture des navires. Il a rappelé que ce biais majeur était précisément ce qui avait mené la communauté scientifique à passer à côté de l’effondrement des stocks de morues dans l’Atlantique Nord. Les deux représentants des instituts scientifiques se sont d’ailleurs accordés pour dire que la pêche devait désormais répondre à l’approche écosystémique.
  • Or du point de vue des conséquences du chalutage profond sur le milieu marin, 70 publications scientifiques décrivent les impacts des chaluts sur les fonds, les communautés animales et la productivité des écosystèmes. Aucune publication ne tend à amoindrir l’impact des chaluts de fond opérés en grande profondeur. Le groupe européen de recherche « Hermione » évaluant les impacts des engins de pêche en eaux profondes avait déjà alerté la mission travaillant sur ce thème dans le cadre du Grenelle de la mer. Le questionnaire envoyé évoquait l’impact potentiellement « irréversible » d’un seul passage de chalut.

D’autre part, plusieurs professeurs d’université ont pris la parole directement pour répondre aux représentants de la pêche industrielle clamant que les opérations de pêche ne se déroulent que sur zones sablo-vaseuses, ce qui serait prétendument sans impacts. Un reportage récent de Ouest France prouve d’ailleurs que les engins utilisés ne sont pas du tout destinés à des zones de sédiments vaseux.

 

Certains acteurs de la grande distribution en France se sont montrés plus ambitieux et responsables que les élus ayant rejeté l’interdiction du chalutage profond. Si les normes règlementaires sont défaillantes ou insuffisantes, rien n’empêche la société d’adopter un standard plus élevé. C’est ce que certaines marques de la grande distribution ont commencé à faire. Elles honorent ainsi la confiance de leurs clients et prennent au sérieux leur engagement de RSE.

 

Nous encourageons de ce fait AUCHAN à décider, sans plus tarder, à cesser définitivement la commercialisation d’espèces issues de pêches profondes destructrices.

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